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David Holderbach, Président d’Hyvia

mardi 21 septembre 2021, par Axel EKMAN, Louis DAUBIN

David Holderbach : “Nous créons un écosystème hydrogène en Europe”

Hyvia a pour vocation de développer des solutions de mobilité hydrogène. David Holderbach, 50 ans, ingénieur de formation, pilote cette entité qui rassemble suffisamment d’atouts technologiques pour, à court terme, s’installer dans le paysage industriel.


Cet ingénieur aérospatial de formation a réalisé la quasi-totalité d’une carrière technique et commerciale dans le groupe Renault, ce qui justifie qu’il soit placé à la tête d’Hyvia, co-entreprise rassemblant Plug Power – important acteur américain de la production et de la distribution d’hydrogène – et Renault Group qui joue ici le rôle de corrélateur industriel entre le monde de l’hydrogène et celui de la mobilité électrique. Au-delà de cette logique, les objectifs d’Hyvia sont ambitieux puisqu’ils concernent la totalité du schéma énergie/mobilité, en contrôlant chaque étape de la solution... du puits à la roue.

Kilomètres Entreprise : Peut-on dire qu’Hyvia, c’est un peu le couteau suisse de la mobilité hydrogène ?
David Holderbach : On pourrait effectivement voir les choses ainsi, puisque nous sommes présents depuis la production d’hydrogène vert jusqu’à son utilisation comme énergie de la mobilité décarbonée. Notre philosophie est de maîtriser chaque maillon d’une chaîne relativement complexe pour être certain de tenir la promesse d’une mobilité propre, efficiente et accessible.

KMS : Plug power et Renault se sont logiquement réparti les rôles en fonction de leurs compétences. Est-ce la bonne formule pour assurer un développement équilibré ?
D.H. : Nous sommes regroupés au sein d’une entreprise à parts égales. Cela montre que nous partageons un objectif réellement commun : faire d’Hyvia un acteur majeur de la mobilité hydrogène. Plug Power élabore aujourd’hui environ 40 tonnes d’hydrogène par jour. Sans aller trop loin dans les détails techniques, le principe veut que cet hydrogène élaboré par électrolyse puisse restituer de l’électricité via une pile à combustible. En amont, le flux électrique qu’utilise Hyvia pour l’électrolyse est “vert”, c’est à dire produit autrement qu’avec de l’énergie fossile. Ensuite, nous organisons le stockage et la distribution de l’hydrogène tandis que, parallèlement, nous élaborons des piles à combustible que nous intégrons à des véhicules Renault. Hyvia dessine ainsi une boucle complète dans l’utilisation concrète d’un carburant décarboné.

KMS : Quand verrons-nous une Renault électrique alimentée à l’hydrogène sur nos routes ?
D.H. : Nous avons prévu de lancer le Renault Master Van H2-Tech à la fin de cette année, avec un volume embarqué de 12 m3 et une autonomie atteignant les 500 km. La version Châssis Cab permettra de monter le volume utile à 19 m3 pour 250 km d’autonomie. Il sera aussi disponible en Citybus pour le transport de quinze personnes sur environ 300 km. Nous proposerons également une version frigorifique.

KMS : Pas d’hydrogène pour les véhicules particuliers du losange ?
D.H. : Actuellement, chez Renault, l’offre en véhicules électriques pour le marché VP est suffisante. Dans le même temps, nous sommes conscients que les utilitaires ayant recours à un système de batteries conventionnel doivent faire face à des contraintes importantes d’autonomie, d’encombrement, de poids et de temps de charge. L’intégration d’une pile à combustible et de réservoirs d’hydrogène en renfort d’une batterie, permet de résoudre en bonne partie de ces problèmes. D’où cette priorité donnée aux utilitaires.

KMS : C’est très bien, mais où trouver de l’hydrogène en France aujourd’hui ?
D.H. : La France compte une quarantaine d’unités d’avitaillement en hydrogène en accès public, ce qui est trop peu, à l’évidence. C’est pourquoi nous ciblons, dans un premier temps, des flottes captives. Si une entreprise souhaite réaliser une transition vers l’hydrogène, nous réalisons un audit complet pour valider, puis chiffrer le projet. Au-delà, nous proposons la fourniture, l’installation et l’entretien de stations de recharge hydrogène “clé en main”, en vente ou en leasing. De fait, la force d’Hyvia est de pouvoir créer un écosystème complet. Je précise cependant que nous n’avons pas d’ambition en tant que réseau de distribution. Notre cœur de métier, c’est la mobilité hydrogène qui peut s’accompagner, le cas échéant, d’une solution de recharge.

KMS : Quelles sont les raisons pour une entreprise de basculer vers une solution H2 ?
D.H. : Les transporteurs qui ont des circuits identifiés et jalonnés sont ceux qui ont le plus intérêt à passer à l’hydrogène. La demande est déjà là, sur des parcs qui souhaitent diversifier leurs sources d’énergie avec des piles à combustibles. La solution Renault est de combiner cette ressource qui a un potentiel de 30 kW avec une batterie classique de 33 kW permettant de parcourir environ 100 km. Selon la configuration du VU, on obtient ainsi une autonomie de 400 à 500 km pour un temps de recharge en hydrogène de quelques minutes seulement. Aujourd’hui en France, le prix du kilo d’hydrogène tourne autour de 15 €/kg. C’est beaucoup quand on sait qu’un kilo permet de couvrir 50 km. Mais ce prix va rapidement et sensiblement diminuer avec l’augmentation de la demande. Aux Pays-Bas, on est déjà à 10 €/kg.

KMS : Si l’on parle coût d’exploitation, la solution hydrogène est-elle vraiment compétitive ?
D.H. : Notre objectif est de le devenir rapidement au regard des solutions thermiques, à condition bien sûr d’évacuer le coût de la production et de la distribution d’hydrogène. J’ajoute que dans le domaine de l’entretien, nous avons d’ores et déjà des équipes dédiées qui ont reçu la classification hydrogène. Leur intervention est facilitée par la forte géolocalisation des parcs concernés. Au quotidien, dans l’organisation des tournées de livraison ou les itinéraires de transport de personnes, l’usage d’un VU Renault H2-Tech ne diffère pas de celui d’un VU conventionnel. À terme, en abaissant le coût d’acquisition ou de location, nous serons aptes à nous aligner. La question du prix des véhicules à PAC est encore en suspend : il dépend de la réactivité de la demande et aussi des politiques incitatives.

KMS : Précisément, quels sont les investissements publics dans ce domaine ?
D.H. : L’Union Européenne s’est clairement investie dans cette technologie par le biais d’un IPCEI [Important Projects of Common European Interest – NDLR]. Elle affecte des crédits conséquents aux pays porteurs de projets de mobilité décarbonée, ce qui concerne évidemment la production d’hydrogène ou de véhicules à pile à combustible. Basiquement, il s’agit de 9 milliards pour l’Allemagne, 7 milliards pour la France et 4 milliards pour l’Espagne, pour ne citer que le haut du tableau. Dans ce cadre, Hyvia a monté un dossier qui a été approuvé. Actuellement, nous échangeons avec des porteurs de projets complémentaires ou convergents afin de créer des synergies aptes à stimuler le marché.

KMS : Où sera Hyvia dans dix ans ?
D.H. : Je ne suis pas devin, mais notre feuille de route indique 30 % de part du marché de la mobilité hydrogène VU pour 2030. Le site de Flins, dans le contexte de sa reconversion, nous a déjà ouvert ses portes puisque l’on y prépare les VU de la gamme H2-Tech. Notre objectif industriel est de passer du stade d’atelier spécialisé à celui de “Giga Factory”, avec un bâtiment complet dédié à notre activité. Nous avons les hommes, les partenaires, les capacités financières : à nous de prouver qu’Hyvia a le potentiel pour jouer un rôle central sur un marché qui va rapidement connaître une forte croissance.

Propos recueillis par Axel Ekman et Louis Daubin

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