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Marc Meurer, directeur général de Porsche France

lundi 9 novembre 2020, par Christophe Bourgeois, Louis DAUBIN

Marc Meurer : « Nous observons encore beaucoup d’achats irrationnels, malgré la fiscalité »

L’arrêt du diesel en 2018 aurait pu causer quelques difficultés à Porsche. Il n’en a rien été. La passion demeure toujours et les ventes ont progressé en 2019, portées par l’hybride rechargeable. 2020 et sa fiscalité élevée sera-t-elle une nouvelle embuche pour le constructeur ? Marc Meurer, directeur général de Porsche France se montre confiant


KMS : Quel est le profil de l’acheteur Porsche en société ?
Marc Meurer : Il n’est guère différent de celui du particulier. C’est un assez gros rouleur, car le kilométrage moyen de nos clients est de 18 000 km par an, tiré par les possesseurs de Panamera et de Cayenne (contre 13 000 km moyenne France, NDLR). Par contre, sur les sportives, le kilométrage ne dépasse les quelques milliers par an.

KMS : L’arrêt de la production du diesel a-t-il freiné vos ventes ?
M. M : Non. En 2018, date d’arrêt de la commercialisation de cette motorisation, le diesel représentait 14 % de nos ventes mondiales et 40 % de celles de Porsche France. On aurait donc pu s’attendre à un coup d’arrêt ; cela n’a pas été le cas. Nous sommes le 6eme marché mondial en volume pour Porsche et en 2019, nos ventes on progressé de 22 %, soit 5 572 unités. Cela montre que nos clients sont passés très facilement du diesel à l’hybride rechargeable. Sur le Cayenne et la Panamera, cette technologie représente en effet 90 % de nos ventes.

KMS : Porsche commercialise le Taycan. L’avenir de Porsche passe-t-il par l’électrique ?
M. M : Nous avons investi 6 milliards d’euros sur le véhicule électrique. Le Taycan est la première pierre à l’édifice et rencontre un très beau démarrage. C’est surtout un modèle qui va nous permettre de faire de la conquête car il ne remplace aucun véhicule de la gamme. Nous avons en effet enregistré 500 réservations (les clients devaient verser un acompte de 2500 € NDLR) dont la moitié provient de clients non Porschistes. Mais, il est vrai que tous nos clients ne sont pas faits pour rouler avec une voiture électrique ; nous sommes dans une marque passion et la voiture électrique doit être vécue comme telle et non pas comme une contrainte. Pour bien répondre aux attentes de nos clients et ne pas gérer de la frustration, nous avons édité à destination de nos vendeurs une check list qui permet de les orienter vers le bon modèle.

KMS : Existe-t-il auprès des clients une différence entre les trois marques premium allemandes et Porsche ?
M. M : Indéniablement. Chez Porsche, nos clients recherchent avant tout de la passion et du plaisir. Pour autant, les Macan et Cayenne représentent 60 % de nos ventes ce qui montre que Porsche est bien ancrée dans le marché où le SUV est actuellement fortement plébiscité par les automobilistes sur le segment du haut de gamme. Nous avons également mis en place des opérations qui permettent à nos prospects et clients de vivre pleinement l’expérience Porsche. Nous avons par exemple développé Porsche Drive. Il s’agit d’un service de location courte durée organisé par les concessionnaires qui offre la possibilité aux clients de rouler en Porsche pour une courte période. Cette proposition nous a permis de rajeunir notre clientèle d’une dizaine d’années et de la féminiser.

KMS : Quelle est l’importance des loueurs longue durée dans vos ventes auprès de la clientèle professionnelle ?
M. M : Nos ventes à société sont souvent réalisées par notre réseau, car au final, nous n’avons pas de client flotte dans notre portefeuille. L’approche commerciale avec un client société, généralement un chef d’entreprise ou une profession libérale, est donc très similaire à celle qu’un concessionnaire peut avoir avec un client particulier. Pour autant, nous travaillons avec certains acteurs de la location longue durée, mais cela représente moins d’une centaine de ventes par an.

KMS : Vous vous appuyez donc beaucoup sur votre réseau pour séduire les chefs d’entreprise...
M. M : Oui. Par point de vente, notre réseau réalise en moyenne 150 ventes annuelles. Un tel volume permet aux concessionnaires de connaître tous leurs clients. La proximité avec les décideurs économiques est très forte, car nos entrepreneurs sont intégrés dans le tissu économique local.

KMS : Craignez-vous qu’avec les nouvelles normes WLTP, le marché glisse du SUV à la berline ?
M. M : Peut-être. Mais acheter un SUV n’est pas qu’un phénomène de mode. Les clients choisissent cette carrosserie parce qu’ils sont assis en hauteur et parce que l’habitabilité est plus grande que celle d’une berline. Je pense que s’il y a glissement du SUV vers la berline, cela se fera sur le segment des compacts, pas sur les segments supérieurs et je ne pense pas non plus que cela se produira chez Porsche, car nous somme encore une fois plus dans la passion.

KMS : Cette passion est donc la pierre angulaire chez Porsche ?
M. M : Oui. Savez-vous que nous sommes la seule marque au monde à part peut-être Ferrari ou Aston Martin, mais là les volumes de production ne sont pas comparables aux nôtres où 70 % de nos modèles produits depuis la création de la marque, en 1931 par Ferdinand Porsche, roulent encore aujourd’hui ? Notre philosophie est de produire une voiture de moins que la demande. Nous ne souhaitons ne pas mettre trop de voitures sur la route afin de conserver ce qui fait la force de notre marque. D’ailleurs, nous observons encore beaucoup d’achats irrationnels, malgré la mise en place de la fiscalité.

KMS : Justement, quel est le poids du malus dans vos ventes ?
M. M : Paradoxalement, nous pensons que le malus va augmenter les valeurs résiduelles de nos modèles. Notre leitmotiv est la rentabilité. Je rappelle que Porsche est le constructeur automobile le plus rentable au monde. Nous préférerons ne pas vendre que de mal vendre afin de ne pas dégrader la valeur de la marque et de nos modèles.

KMS : Question plus personnelle, quel est votre parcours automobile ?
M. M : J’ai intégré le groupe Renault en 1993. J’y ai accumulé les expériences tant sur le terrain que sur le plan stratégique. En 2010, je suis rentré au sein du groupe Volkswagen en tant que directeur marketing VW France. Cinq ans plus tard, j’ai été nommé directeur général d’Audi France pour prendre les mêmes fonctions chez Porche en 2018.

KMS : La passion est-elle un critère inhérent pour diriger une marque comme Porsche ?
M. M : Je suis tombé dans l’automobile dès le plus jeune âge. Deux choses me plaisent dans une voiture : le design et la technologie. Quand je regarde une belle auto passer, cela va peut-être vous faire sourire, mais je ressens autant de passion que de voir une œuvre d’art ! J’ai toujours été attiré par les modèles sportifs, j’avais d’ailleurs quand j’étais jeune, une Volkswagen Golf GTI. Aujourd’hui, je suis séduit par une Coccinelle Cabriolet, malheureusement trop méconnue, mais également par une Renault Mégane Trophy, une Alpine ou une DS. Dès qu’il y a de l’émotion dans le design, dans le coup de crayon, je craque.

KMS : Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs ?
M. M : Un conseil amical et surtout d’optimisme. Je vois toujours le verre à moitié plein plutôt que celui à moitié vide. En France, l’économie se porte bien, la croissance est relativement bonne, je pense que les entrepreneurs devraient avoir plus le sourire. Il faut redonner de la joie et du plaisir dans les entreprises ce que nous essayons de faire ici.

Propos recueillis par Christophe Bourgeois et Louis Daubin

*Interview paru en Avril 2020 et réalisé en Février 2020 avant la crise sanitaire.

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